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Je me souviens de cet ouvrier
que le patron avait convoqué

Il lui a dit:
"Cher ami,
Vous savez
je suis vraiment navré
mais nous n'avons pas d'autre choix
que de vous prendre votre emploi.
La situation économique est mauvaise,
nous risquons tous nos chaises.
Et vous avez vu comme moi
que nous ne vendons pas.
Je suis vraiment désolé,
mais vous êtes congédié.
Bonne chance pour vous monsieur,
Adieux."

Je me souviens de cet ouvrier
qui n'a rien dit quand il s'est levé
et du patron satisfait
qui après son départ
est venu me voir

"Nous n'avons rien perdu avec celui-là,
il travaillait déjà mal depuis des mois.
Je sais, je sais,
nous aurions pu le garder.
Mais il faut ce qu'il faut voila.
Et ne me regardez pas comme ça,
votre engagement social je vous le dis
va finir par vous faire du mal ma fille.
Ce n'était pas sa première fois
il va s'en remettre croyez moi."

Je ne sais pas s'il pensait ce qu'il a dit
mais je sais que lui ne s'est jamais remis
de la femme de cet ouvrier
qui en s'excusant de le déranger
a déposé très calmement
sur son bureau de direction en grès
le grand bouquet de fleurs variées
envoyé à l'enterrement.

Nathalie Feld
02.06.98


   

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