Une fourmi rouge
est venue me confier sa peur bleue ;
la malheureuse était prune de frayeur !
Un éléphant rose avait failli l'écraser ;
(lui-même effarouché,
par une souris gris pommelé,
qui riait sous une cape argentée).Elle s'était réfugiée,
Sous une feuille pistache,
En compagnie d'un lézard céladon ;
(lui-même affolé
par une guêpe zébrée
terrée dans un bulbille tilleul tendre).Une couleuvre abricot,
mouchetée de pervenche,
avait fini par l'en déloger ;
(elle-même pourchassée
par un rapace châtaigne
légèrement mordoré).La fourmi, cette poltronne,
Atterrit dans le boulier,
D'un pigeon anthracite ;
(lui-même convoité
par un renard rouille
blême voire saumon
d'avidité blanchâtre).Puis l'agile rubiconde,
Longuement vagabonda,
Dans l'herbe bouteille,
Jusqu'à rencontrer,
Un papillon citron ;
(lui-même affolé
par les mandibules pomme
d'une mante gloutonne,
religieuse dévoyée).C'est alors qu'une rainette safranée,
un tantinet éméchée,
surgit sans crier gare ,
avala le papillon
de la trompe jusqu'aux ailes !
Mauve de frousse,
La fourmi détala
Et faillit s'enliser
dans l'entonnoir ivoire,
d'un fourmi-lion aubergine !La question s'imposait ,
J'ai dit : « et le tamanoir ? »
Elle dit : « il a changé de teinte
et n'ose plus se montrer. »
Sur ce elle me quitta
En me laissant sa peur,
D'un beau bleu moiré
Que j'ai mélangé
avec un jaune d'oeuf,
d'une nuance presque dorée.
Quel beau gâteau épinard ! Hind Lwahhabi
1998
![]()
![]()
![]()
Next: Le lierre et la Up: Les poèmes Previous: Vingt-six créatures étranges. Yseult : hindl@acdim.net.ma.